Un plan intelligent?

La crise est installée. La lutte contre la pandémie l’est également. Le combat contre le fléau est une affaire de médecins, d’économistes, d’écologistes… Il n’est pas nécessaire de citer tous ces acteurs, car l’ensemble des forces vives de la nation est concerné. Pourtant, ce n’est pas l’avis des députés de l’opposition qui avaient envoyé leurs meilleurs orateurs pour conspuer le Premier ministre. La stratégie qu’il présentait devant l’assemblée ne devait pas faire l’objet d’un vote.

Sur l’insistance des partis, relayée par les médias, un scrutin est organisé. Cinq heures de débats pour approuver le plan du gouvernement. Le spectacle consternant d’élus de l’opposition préoccupés par les bons mots, les attaques ad hominem et l’obsession d’en découdre n’a convaincu qu’un tiers des députés. Ceux-là ont refusé ce plan, espérant qu’ils en tireraient des avantages politiques. Ils ont fait un pacte avec leurs yeux — c’est-à-dire avec les médias — de ne jamais laisser l’action gouvernementale emporter leurs convictions partisanes. À la réflexion et la lecture attentive, ils ont préféré arrêter leurs pensées. On ne leur reprochera jamais de faire des erreurs puisque leur engagement et leurs propositions pour la question du Corona sont inexistants.

Or le génie de ce plan est de confier sa réalisation aux maires, à leurs administrés, aux présidents de régions et aux préfets. Pour la première fois depuis bien des années on décolonise la province, selon l’expression de Michel Rocard reprise par Michel Onfray. Tout ce petit monde — qualifié tantôt d’insignifiante bourgeoisie provinciale — a cessé de produire des Talleyrand de sous-préfecture. Elle s’est mise au travail dès le premier jour avec le succès que l’on connait. Coordonner l’ensemble de ses initiatives paraissait nécessaire. L’État joue pleinement son rôle fédérateur et donne à ceux du terrain le cadre indispensable à leurs actions.

Le covid-19 a rapproché Jacobins et Girondins, il risque de s’en mordre la couronne. Son influence diminue là où des femmes et des hommes de qualité ont pris les mesures à l’écart des lumières de Versailles. On voit s’éloigner les scénarios dystopiques que goutent particulièrement les chaines d’informations. Corona n’atteindra pas les 50 millions de morts : les Girondins sont au chevet des malades, les jacobins donnent des outils efficaces pour que le décès des uns ne cède pas la place à la misère programmée des autres.

Le discours du Premier ministre semble introduire de la vertu dans le monde politique. Angélisme ou surprenante posture, il faudrait que l’après-Corona démontre qu’il est temps d’offrir au libéralisme des lettres de noblesse. Cela fera tache sur cette toile qu’une constitution écrite pour et par les hommes de pouvoir a tissée sur fond de démocratie représentative. Une crise de cette ampleur ne peut laisser intactes les structures de gouvernance françaises et européennes.

Philippe Herbaut, le 1er mai 2020

 

 

 

 

 

Cet article a 4 commentaires

  1. PHILIPPE

    Bravo Philippe
    Mais espérons qu’au sortie du confinement la dg olle course aux profits va laisser la place à une société plus fraternelle et solidaire

    1. Philippe

      Noble espoir, en effet keep safe & healthy

  2. bertrand

    Philippe, j’ai lu votre dernier livre, permettez-moi de vous dire « Chapeau-Bas » !!!
    A chaque fois que je vous lis, vous me régalez !
    Belle intrigue, belles tournures, beau langage, Français irréprochable et connaissance de mots que j’avais jusque là oubliés….

    Vous êtes vraiment un grand Auteur, j’attends votre prochain livre avec impatience
    Bien à Vous.
    Bertrand

    1. Philippe

      Bertrand, vous êtes vraiment trop bon. Merci de votre intérêt pour ma prose.
      keep safe & healthy

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