Réconciliation des mémoires

Quand on traque le passé avec l’ordinaire du présent, on occulte le feu d’idées qui agite le temps qui les sépare. Qui donc se ferait le champion d’une telle vilenie : les roitelets Talleyrand de sous-préfecture, les coqs et poules déplumés du petit écran, les influenceurs et intégristes des réseaux sociaux ; celles et ceux qui trahissent l’Histoire de leurs soupes bonimenteuses ?

La paresse, le buzz et le scoop règnent sur le temps, les sciences de l’esprit perdent pied devant l’art du communicant et le bon sens populaire des communautés. Ils font résolument illusion, car la vérité n’est qu’une circonstance de ce que l’on donne à croire. Tout cela sème le trouble et la confusion justifie l’ignorance, le consensus mou et pour l’honnête homme de se tromper en toute confiance.

Notre président qui fit campagne sur de grands principes et des promesses qu’il entend tenir nous offre une possibilité de permettre à l’Histoire d’être enseignées avec lucidité (sic). E. Macron, candidat avait défrayé la chronique lors de son voyage en Algérie. Le chef de l’État persiste et signe. La « réconciliation des mémoires » est indispensable afin que colonisation positive ou le crime contre l’humanité cessent d’empoisonner les relations franco-algériennes.

Quelles réalités appellent les soins du Président ? Environ quatre millions de Français dont parents ou grands-parents sont originaires d’Algérie, de binationaux ou d’Algériens résidents. Ils ont tous de l’histoire de France une vision différente des manuels scolaires que distribue l’éducation nationale. Ils sont totalement intégrés ou encouragent le clivage des communautés et la réaction violente à l’oppression qu’exercerait la République.

Chômage, violence, insécurité, drogue font de certaines de nos banlieues le miroir des townships sud-africains. Les principes républicains sont réfutés au nom du droit que l’on s’accorde de se venger de ce que l’occupant colonialiste infligeât à la famille. Comment pourrait-on qualifier de zone de non-droit ces espaces réservés par la République elle-même, où l’on accepte que lois et usages soient décidés par la communauté ou la religion et non par le système législatif du pays d’accueil ?

Qui sont les missionnaires de la réconciliation des deux peuples ? Un historien français incontournable, né à Constantine, professeur d’université en France et à l’étranger, auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur l’histoire de la guerre d’Algérie, de la décolonisation et des juifs au Maghreb. Un historien algérien, conseiller auprès de la présidence de la république, directeur général des archives nationales, ancien combattant de la guerre d’indépendance. Ardent défenseur de l’identité nationale, il s’attend pour le moins aux excuses de la France, au rapatriement des martyrs algériens, et à récupérer les dossiers des disparus de la guerre d’indépendance et celui des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara.

Trouver une vérité commune promet d’être compliqué d’autant qu’un journaliste au Figaro et un philosophe de talent n’ont pas pour l’initiative française les yeux de Chimène. Le premier conteste l’impartialité du Français, le second affirme que la lecture de la guerre d’Algérie est difforme. La partie algérienne masquerait l’exploitation de son propre peuple en pointant du doigt la responsabilité et la culpabilité de la France. L’Algérien se dit représentant de son pays, le Français s’en défend pour prouver aux penseurs de pacotille sa totale indépendance. Quelles essences discordantes se dévoilent donc ici ?

Nous y sommes, l’heure du choix inutile est arrivée. Comme personne ne peut être totalement impartial, l’initiative relève moins de la chose publique que de la manipulation politique ou de l’égarement selon que l’on a voté pour ou contre l’élu du moment.

Au secours ! La faute primordiale ne faisant plus recette on a trouvé beaucoup mieux. Le passé devient une somme d’occasions de culpabilité. Contester les actes de nos ainées est plus simple que de se projeter au-delà de l’horizon. C’est nécessaire, mais largement insuffisant.


Ph. Herbaut. Le 02 aout 2020

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