Air et fer, disparition d’un mythe

Pour parler d’aviation et de transport aérien il me faut vous conter une histoire d’amour. Cette histoire réécrit un mythe que vous connaissez bien.

  • Le roi de Crète, Minos, reçoit en cadeau de Poséidon, un taureau blanc, pour qu’il lui soit offert en sacrifice. La bête est magnifique, 900kg, casaque blanche, naseaux fumants, coqueluche de ces dames de la race bovine.
  • Minos, sans doute par étourderie, sacrifie un autre animal.
  • Poseidon, furieux se venge, par un de ces tours de passepasse propres aux Dieux de l’Olympe. Il fait que la reine de Crète, Pasiphaé femme de Minos, s’éprend du taureau blanc.
  • Dédale est un célèbre ingénieur. Pasiphaé lui demande de créer un artifice lui permettant de s’accoupler à l’animal sacré, requête à laquelle Dédale accède.
  • De cette union nait le Minotaure, le corps d’un homme, la tête d’un taureau. Pour cacher le fruit de ce déshonneur, Dédale, encore lui, construit le labyrinthe qui enferme la bête.
  • Minos qui ne veut pas faire le buzz sur BFM TV Crête, demande à Thésée de tuer le Minotaure.
  •  Thésée pour l’amour d’Ariane exécute la tâche et s’en retourne vers sa belle en fuyant le labyrinthe grâce au célèbre fil dont l’idée vient, contrairement à ce que l’on croit de Dédale, qui décidément mange à tous les râteliers.
  • A cause de ses trahisons répétées, Dédale est jeté avec son fils Icare dans le labyrinthe dont il est l’architecte. (Pas Icare, Dédale).
  • Ne pouvant emprunter ni la voie des mers, ni celle de la terre, Dédale pour fuir la Crète, fabrique des ailes semblables à celles des oiseaux, avec de la cire et des plumes.
  • Le Briefing du père pour le fils est clair : on ne vole pas trop bas, à cause de l’humidité de l’eau et on ne vole pas trop haut, à cause du soleil et de ses rayons brulants.

La suite vous la connaissez : Icare périt dans les flots, Dédale crée l’aviation.

Vous avez relevé quelques anachronismes dans cette histoire, notamment, le mot « aviation » qui ne sera inventé que quelques milliers d’années plus tard par Gabriel de La Landelle ; du latin avis =  oiseau, et actio = action. Le mythe est entretenu, par la bravoure et les actes de femmes et hommes : ingénieurs, mécaniciens, pilotes, écrivains, etc. Ils sont nombreux à faire du rêve de quelques-uns la réalité d’aujourd’hui. Un hommage en passant à Alberto Santos-Dumont, Amélia Ehrart, Antoine de Saint-Exupéry, Charles Lindbergh, Charles Nungesser, Hélène Boucher, Louis Blériot, Pierre Clausterman, Didier Daurat l’homme du courrier et bien d’autres.

Comment est-on passé de l’Aviation avec un grand « A » au transport aérien avec un petit « t » ou un grand  « T » d’ailleurs ? Plusieurs raisons :

  • Le développement du commerce
  • L’aviation, réservée aux riches, ministres, hommes d’affaires, s’ouvre vers les transports de masse.
  • L’abandon des drôles de machines volantes pour des appareils plus performants, plus confortables et de plus forte densité
  • Les différentes crises pétrolières

Fin d’un mythe peut-être, nostalgie surement. Les hommes l’ont construit pas à pas, vol après vol jusqu’à ce que les intérêts économiques ne rencontrent plus le gout du rêve et vice-versa.

Parler de chemin de fer, et de transport ferroviaire, c’est essayer de rechercher pourquoi un complexe utilitaire et fonctionnel, un système de transport comme le chemin de fer a pu et peut encore nourrir l’imaginaire collectif, jusqu’à devenir un phénomène transculturel, un véritable lieu commun de civilisation.

Vous voudrez bien me pardonner d’avoir emprunté et mis à ma sauce les propos de Jean Bouley, ancien directeur du matériel de la SNCF.

Pour saisir l’importance du mythe ferroviaire, dont le monde moderne reste fortement imprégné, rappelons une réaction courante qui se manifeste dans tous les pays, chaque fois que les pouvoirs publics envisagent ou décident de fermer de « petites lignes » déficitaires : il n’y passe qu’un ou deux trains par jour, souvent peu occupés, et pourtant quelle levée de boucliers suscite l’abandon de ces lignes de la part des populations desservies !

Le traditionnel effet de résistance au changement ne suffit pas à expliquer cette opposition quasi viscérale. Quelles sont les racines de ce discours mythique que la collectivité a progressivement élaboré autour du chemin de fer, depuis 150 ans qu’il existe ? La proximité est le premier de ces attributs ; elle se mesure avec précision en unités de temps (« Lyon est à deux heures de Paris avec le TGV »). Le chemin d’acier ne s’interrompt pas, il donne l’idée de l’infini, et la continuité du rail. Il existe une psychologie romanesque du train : Blaise Cendrars a un jour versé de vraies larmes lorsque, le pied sur un rail de la gare de l’Est à Paris, il a songé que cette tige d’acier, sans rupture, touchait à la Chine.

Une deuxième notion est celle du chemin de fer comme moyen et symbole d’évasion. Les références ne manquent pas des écrivains qui ont exprimé la poésie et le plaisir du voyage ferroviaire. Marcel Proust écrit (du côté de chez Swann) : « Les pays que nous désirons tiennent à chaque moment beaucoup plus de place dans notre vie véritable que le pays où nous nous trouvons effectivement. » Dans combien de romans ou de films ne voit-on pas figurer les halls de départs où se presse, côté « grandes lignes », la foule joyeuse, colorée et bruyante des évadés (peut-être que tout cela est un peu exagéré au vu des 40 derniers jours de grève de la SNCF et de la RATP).

Comme on est passé de l’aviation au transport aérien le mythe du Chemin de fer a cédé la place au transport ferroviaire tous deux, d’ailleurs, pour les mêmes raisons. Icare et Hermes ont du mal à survivre à la civilisation qui leur a donné naissance. La vitesse est devenue source de discorde, de concurrence. Air et Fer luttent pour leur survie, mais c’est maintenant Chronos qui gouverne. De ce fait l’aérien et le ferroviaire n’ont pas un avenir assuré, le premier parce qu’il contribue à la pollution de la planète, le second parce qu’il n’est pas adapté aux distances supérieures à 1000km.  Il est grand temps de tourner la page, changer de paradigme., se laisser bercer par Chronos : la supraconductivité nous y invite.

La supraconductivité, un mot magique pour des phénomènes étonnants ! La lévitation magnétique (MAGLEV) est une application spectaculaire du phénomène de supraconductivité avec de nos jours la réalisation de trains à très grandes vitesses.

  • Le Train Hyper Loop de Elon Munk : un projet futuriste de train à très grande vitesse, baptisé Hyperloop, a été lancé en 2013 par le milliardaire américain Elon Musk, déjà à l’origine de SpaceX et Tesla. L’idée est de déplacer des capsules de passagers comme de fret par maglev le long d’une voie faite d’un tube à basse pression. Le projet est ouvert aux offres concurrentes de plusieurs entreprises, dont la startup « Hyperloop One » qui a fait la démonstration d’un prototype en public, près de Las Vegas le 11 mai. Il permettrait de relier en 30mn les 600km séparant Los Angeles de San Francisco, selon ses ingénieurs.
  • Les projets chinois : une équipe de scientifiques de l’université de Jiaotong a construit, en mai dernier, un prototype de train à sustentation magnétique, théoriquement capable de se déplacer à 2.900 kilomètres par heure. Ce train, qui pourrait faire Paris-Moscou en une heure, doit cependant circuler dans un tube, où la pression de l’air est dix fois inférieure à la pression atmosphérique, pour avancer à cette vitesse. La résistance de l’air au déplacement du train y est nettement réduite, tout comme l’énergie consommée.
  • …….

En un mot, il ne reste plus qu’à trouver une solution pour le transport aérien long-courrier. C’est une affaire de 20 ans pas plus, pour que le Maglev remplace l’avion.

Ph Herbaut – le 30 janvier 2020 ans pas plus.

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