L’avenue de Saint-Ouen, quelques centaines de mètres après la Fourche, c’est à Paris seulement que l’on peut trouver ce genre d’endroit totalement invraisemblable.
Un coquet bout de rue a décidé un jour de se payer un coin d’amour,un coin de bonheur. En face, la Cité Pilleux, ancienne rue ouvrière, a gardé les ateliers du rez-de-chaussée et les habitations à l’étage. Toutes deux vivent une saine émulation encouragée un jour, par le trait de crayon d’un fonctionnaire du cadastre. Il a coupé en deux l’avenue parce qu’une loi de 1859 rattache au 17e, la Commune des Batignolles-Monceau et une partie seulement du quartier des Epinettes. On imagine d’âpres négociations entre édiles afin de récupérer ce bout de territoire. Quoiqu’il en soit à l’Est, c’est le 18e arrondissement, à l’Ouest le 17e. Au Panama par la magie d’un canal on change d’Amérique.
A Panam, c’est en traversant l’avenue que l’on change d’arrondissement, de statut social et la face du monde aussi. Ces deux bouts de rues, rive gauche, rive droite se livrent une concurrence féroce dans l’originalité, la qualité de vie, la protection de leur environnement.
Ils ont érigé des murailles pour permettr des jets de fleurs ou d’anathèmes dont ils sont sauvagement armés, mais surtout pour se protéger de l’agression de la vie parisienne. Il faut montrer patte blanche numérique avant que ne s’ouvrent de hautes grilles en fer forgé.
Devant ces portes du temps, il faut s’arrêter et se laisser envelopper par des effluves à l’odeur de pain frais qui se dégagent d’une petite boutique: une boulangerie française. On n’a pas prévu le béret, mais le pain que l’on y fabrique de la main experte d’un artisan de génie, est la preuve incontestable de l’existence de Dieu.
S’il n’est pas mort d’avoir contempler son œuvre, Dieu doit fréquenter la boutique du Boulanger. C’est dans le quartier le premier endroit où l’on cause. L’artiste accueille ses clients, souvent ses amis, avec l’amabilité d’un homme qui sait que son activité nourrit également le lien social.
Dans son atelier “Aux Pains garnis”, tout y est fait maison. Il a même obtenu un prix de la meilleure baguette de tradition. Son petit bonheur à lui, c’est de rencontrer ceux qui se sont laissés pénétrer par ses parfums subtils !
Il a fait son Tour de France et même d’Europe car on le trouve à Cologne, à Toulouse, à Strasbourg, à Nantes ou à Lyon; enfin partout ou des artisans inspirés ont accueilli un Ouvrier pour que se perpétue la tradition du Pain.
L’obstacle de la grille surmonté, c’est à l’ouïe que s’adresse le petit bout de rue. Le tumulte de l’avenue de Saint-Ouen fait place au calme. Un havre de paix se dévoile dans une enfilade d’immeubles de quatre étages et un espace de verdure aménagé avec un goût exquis.
On accroche des fleurs à la fenêtre. L’endroit où l’on vit est celui que l’on montre le plus volontiers: il faut qu’il attire le regard. En tout cas, le visiteur a droit à une exposition permanente où l’on rivalise de parfums délicats et de robes multicolores. Un festival des sens et de sérénité qui n’a pas encore attiré les promoteurs immobiliers, les indigènes de la rue s’en portent très bien.
L’assemblée des propriétaires et locataires a décidé que le vivre ensemble méritait quelques règles de bon sens que toutes et tous ont acceptées. Pour un peu un indice de civisme serait publié chaque trimestre, une sorte de bonheur national brut comme au Bhoutan.
Ici, la cohésion sociale n’est pas laissée à la compétence des services de l’Etat, on peut donc se laisser aller à la jouissance des lieux.
Ailleurs on confie à l’administration l’ingénierie sociale. Voilà une belle expression pour éviter
de dire qu’à Paris on ne connaît pas son voisin. Ici, point n’est besoin de recourir à des consultants pour dire comment innover, créer, monter des projets.
Le petit bout de rue réinvente la démocratie participative. Il met en œuvre ses fondements en imitant les centres sociaux et politiques de la Grèce antique.
On organise, lorsque viennent les beaux jours, des banquets. Les débats sont houleux, mais toujours amicaux. On y parle de copropriété et le syndic met en forme les décisions le l’aréopage.
Les quatre étages de chaque immeuble semblent flotter dans un océan de verdure que le vent fait murmurer lorsque vient l’automne. La musique est si belle que lorsque cessent ses battements, on les ressent encore.
Le temps et l’espace lui appartiennent comme s’ils avaient décomposé le béton de la machine à habiter.
On se croirait au paradis, constate le Commissaire Christophe Marian, mais sa présence bouleverse la sérénité du lieu. La Police investit le bout de rue parce qu’un meurtre vient d’y être commis. Pour protéger la scène de crime, des rubalises sont installées immédiatement et les gardiens de la paix relèvent l’identité des personnes qui entrent ou sortent de l’immeuble.
Les passants se transforment à l’instant en curieux morbides. Les médias, probablement informés par un indiscret, envahissent l’allée boisée et piétinent sans vergogne le jardin si inspiré.
Marian, dans sa déclaration à la presse, indique qu’un certain Le Tallec a été trouvé mort égorgé à l’aide d’une arme qui n’a pas été retrouvée. La police scientifique est sur les lieux, les premières auditions sont en cours.
La brigade criminelle de la Préfecture de Paris est saisie des investigations, déclare le Procureur de la République en arrachant promptement le micro des mains du Commissaire. À ce stade de l’enquête, la Police ne privilégie aucune piste, poursuit-il, comme pour donner de la densité à sa déclaration.
Le Commissaire fait évacuer les badauds en jurant contre ces bons à rien qui entravent son enquête. Il demande aux habitants du bout de rue de rester chez eux. Il réunit son équipe pour un premier briefing dans un atelier que le régisseur a mis gentiment à sa disposition. En attendant les délégations du juge d’instruction, il distribue à chacun les missions d’investigations. Le juge et le Commissaire ont l’habitude de travailler ensemble, cela devrait permettre de faciliter la tâche de son équipe.
Nous sommes le 17 juin, l’action publique est en mouvement.
Merci PHILIPPE j’ai lu avec TT mon attention ces lignes qui ns donnent une idée précise concise de ce qui arrive ou arrivera en AFRIQUE SS DOUTE PLUS EN MPZTHIE CAR NS Y AVONS VÉCU DES MOMENTS HEUREUX
Bonjour Annie-France,
Merci de ton intérêt pour cet artcle.
keep safe and healthy
bises
Bonjour Philippe,
Très bel article qui nous rappelle à nos devoirs, non ceux que d’aucuns voudrait nous voir endosser, mais ceux plus forts encore, de cette simple et si merveilleuse humanité. L’Afrique, dans son ensemble à besoin d’être aidée ET surtout de coopération internationale tant les marges de progression a atteindre sont importantes, autant pour eux que pour nous. Au-delà de cette coopération se dessine une bataille que nous sommes en train de perdre et le Quai y a toute sa part avec nos « politiques » (si, si, c’est bien un petit « p »).
En cautionnant, couvant des pratiques à l’éthique plus que discutable, nous abandonnons des parts non négligeables de notre influence stratégique, y compris dans des pays dans lesquels nos Armées interviennent. Ces lâchetés et trahison se font au détriment des intérêts de notre Pays, notamment au nom de « la règle du juste retour » et pour la part la plus importante au préjudice de nos forces, de la vie de nos soldats, ce qui nous force à nous interroger sur la pertinence de notre engagement dans ces pays qui choisissent d’autres partenaires. Dernier point, la soi-disante aide apportée qui engerbe des matériels, des fournitures et équipements qui sont défectueux, inutiles quand ils ne sont pas dangereux. Il y a loin de la campagne de « com » savamment orchestrée pour apparaître en « sauveur » à l’aide effective pour des populations déjà éprouvées et, pour certaines en situation de fragilité extrême. Merci Philippe de l’avoir rappelé.
Bien à toi.
René-Henri
Bonjour René-Henri
merci de ton intéret pour cet article.
bien amicalement
Très bien écrit, très juste. Il est important, urgent que l’on parle de l’Afrique.
J’ai vu récemment un reportage sur les pays défavorisés qui ne peuvent pas se confiner, c’est effarant, ils ont le non choix de mourir du virus ou de faim. On ne parle pas beaucoup d’eux, nous sommes toujours aussi auto-centrés même quand le malheur est universel.
En tout cas bravo pour cet article, si seulement les médias pouvaient en faire autant !!!
Merci de ton intérêt pour l’article.