4ème de couverture : Au 49 bis
(Cet ouvrage peut être précommandé)
A Montmartre, le corps mutilé d’un marchand de biens, Cauri Marquet, est retrouvé au pied d’un escalier rue Caulaincourt. Bras et jambes découpés avec une précision chirurgicale : un crime atroce qui bouleverse le quartier.
Très vite, les soupçons se portent sur John, un boucher à la gouaille colorée, figure bien connue du village montmartrois. Ses couteaux, son conflit ouvert avec la victime et son alibi bancal font de lui le suspect idéal. Marian, flic de la Crim’, et son équipe héritent de l’enquête. En explorant le quartier, ses cafés, ses commerçants et ses marchés, elle découvre que Cauri traînait une réputation sulfureuse.
Dans ce décor de carte postale, les façades se fissurent révélant rancunes de propriétaires, désespoirs de SDF, colères politiques et fantômes intimes. Les fausses pistes s’accumulent, les incohérences se multiplient. Le crime, soigneusement mis en scène, semble conçu pour égarer les enquêteurs.
Dans ce polar montmartrois, entre gouaille et noirceur, humour et tragédie, la vérité émerge moins des preuves que du jeu des apparences. Au 49 bis, derrière les vitrines et les comptoirs du “village” de la Butte parisienne, se cache une violence insoupçonnée – celle des rancunes, des solitudes et des illusions perdues.
Au 49 bis – Extrait
La dame qui vient d’interpeler le brigadier s’appelle Lila. John l’a rencontrée un jour d’affluence à la boutique. Elle s’était proposé de l’aider, car la queue dehors s’étendait de Custine à Château rouge[1]. John, le loucherbem, avait immédiatement accepté parce qu’un premier regard l’avait électrisé.
Lui, ses yeux très bleus trahissant ses origines polonaises ; elle, magnifique Ivoirienne aux yeux noirs comme l’obsidienne. John avait plongé dans cet abîme et s’y était réfugié. L’amour allumé un jour d’été dix ans après ne s’était pas éteint.
Il est emmené toutes affaires cessantes au commissariat de la rue Clignancourt à 200 mètres de là. Il fait remarquer aux 4 malabars qui l’entourent que l’on pouvait gagner du temps en y allant à pied et que l’heure passée dans le panier à salade coûtait aux contribuables. Il les aurait bien passés par la fenêtre du véhicule (les flics pas les contribuables), mais son pote le brigadier lui avait fait la leçon.
Cette heure perdue, il faudra bien la rattraper. 18 heures par jour du mardi au dimanche : une énigme pour recaser 60 minutes productives sans compter la palabre qui l’attend chez les keufs. À tous les coups, il ne verra un OPJ que vers 9 h 30. Y sont pas matinaux, ces gens-là. Y paraitrait même qu’ils le font exprès pour rendre leurs clients plus malléables. – Bon, Marcel, si tu veux ta palette de cochon samedi, t’a intérêt à me dire pourquoi je suis là à perdre ma journée. – Figure-toi que t’es devenu célèbre chez nous. Un commissaire de la Crim’ veut te parler. – Ouais ! J’étais déjà célèbre de toute façon. Alors, accouche. – On ne me dit rien ! Mais la Crim’ ne se déplace jamais pour rien. Ils ont appelé du « 36[2] », ils arrivent dans 10 minutes. Tiens-toi bien et réponds correctement aux questions qu’ils te poseront.
John ne sait pas de quoi on l’accuse ou bien ce que lui veulent les flics. On ne lui a pas pris son portable. Il téléphone à Lila pour tenter de la rassurer. Sans grand succès. Elle lui dit qu’elle vient tout de suite rue Clignancourt et qu’elle va saigner ces pourceaux de flics. Elle va appeler la présidence de la République de Côte d’Ivoire pour protester contre la future incarcération de son John. Elle hurle contre ces démocraties colonialistes qui s’attaquent aux pauvres gens et soutiennent les grands de ce monde qui les exploitent. On ne peut pas laisser ces abominations impunies. S’il le faut, elle fera venir ses 32 frères et sœurs et leurs familles pour défiler de la République à Montmartre tout nu.
John est un sage, il laisse parler Lila sachant qu’elle est tout à fait capable de faire ce qu’elle dit. Il lui demande de rester tranquille et promet que tout va s’arranger. Lila n’a pas tout à fait tort. Elle voit le soleil éclairer Montmartre comme il éclairait le village de son enfance en Côte d’Ivoire. Personne ne devrait l’empêcher de libérer ses couleurs resplendissantes. Ceux qu’il éclaire ne lui facilitent pas la tâche ! Il doit se battre contre de minuscules particules d’eau et de carbone que constituent les êtres bizarres qui hantent la planète Terre. Lila n’a pas tout à fait tort, car elle tient à son être bizarre : son mec.
John est dans la salle d’interrogatoire. Plus agacé que impressionné, il fait face à un homme : le commissaire Christophe Marian, et à une jolie dame, Amandine de la Risle, consultante de la Crim. Ils se sont présentés avant d’entamer les hostilités. John le ressent comme lorsqu’il allait faire le coup de poing à la sortie des bals pour avoir courtisé la femme d’un autre clan. Les yeux bien ouverts, il est prêt au combat.
[1] Environ 400 mètres entre le Métro Château Rouge et la boutique rue Custine dans le 18e arrondissement de Paris.