Solidarité bien française

« Dans les temps de révolution, on ne trouve d’habileté que dans la hardiesse, et de grandeur que dans l’exagération.» L’extrême droite n’a pas bien compris la leçon de Talleyrand. Elle fonde, justifie et assène des vérités qui glorifient la discrimination sociale. Comment, sans une once de programme politique, peut on réunir autant d’adhésion. Comment rend on acceptable le rejet de ceux qui n’ont plus l’heur de servir de chair à canon ou de travailler dans le rebutant ?

C’est que nous avons, peuple de France, la solidarité sélective voir évolutive. Jadis polonais, italiens puis espagnols et portugais, aujourd’hui arabes et roms, nous sommes cocardiers, en l’occurrence, parce qu’il est plus confortable de vivre dans une bulle dont sont exclus le partage et la solidarité. Cela produit cette fracture sociale, dont parlait un de nos présidents. Belle idée d’en avoir fait un programme politique. On oublie ainsi que les méchants sont aussi français depuis plusieurs générations et l’on se glorifie de beaux textes dont la portée ne dépasse jamais la plume.

Des lois bien faites, parfois incompréhensibles autrement que par ceux qui les ont rédigées sont là pour gommer les inégalités.

Le droit au logement, droit universel, remporte la palme de l’inapplicable. Non seulement nous sommes incapables de construire suffisamment de logements sociaux mais en plus, statistiques à l’appui, 95%, sont attribués à des populations françaises ou non, issues de l’immigration. Le pluralisme ne plait pas aux édiles non plus que la cohabitation aux sans abri. Il est, de nos jours très difficile de se vautrer dans le socialisme municipal et la République indivisible.

Les priorités du gouvernement semblent être d’investir dans le développement des secteurs stratégiques d’avenir. Mais la conversion numérique, écologique et énergétique de l’industrie, l’économie sociale et solidaire n’a pas eu le succès attendu par feu le ministère du redressement productif.

Voilà un constat dont peuvent s’emparer les extrémistes mais aussi les prosélytes de l’Islam intégriste. Ces derniers ne s’en privent pas, car ils ont obtenu quelques succès aux municipales de 2014, parfois jusqu’à 10%. Ils font de la jeunesse en déshérence une cible privilégiée. L’Islam intégriste devient l’élément de cohésion sociale que la république ne sait pas offrir.

Pas étonnant dans ces conditions que les Maires de tous bords s’opposent à la construction de logements sociaux dans leurs communes. Ils ne veulent pas être l’origine d’une crise sécuritaire et identitaire. Pas étonnant certes, mais il n’est pas possible de cacher l’ampleur de la misère aux abords de nos villes. Le chômage y atteint parfois jusqu’à 40% de la population active.

Ce n’est pas la croissance qui profitera aux victimes de l’immobilisme de nos gouvernants. La formation et les compétences ne sont pas aux rendez-vous. Point de hardiesse et surtout pas d’exagération non plus que de courage ; cela revient à accepter de gérer une nouvelle crise dans la crise, lorsque que privée d’existence sociale les oubliés et méprisés  du système, sauront se prévaloir de leur droits fondamentaux. La révolte sera alors « le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». 

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Nos vieux

Pauvre cellule familiale, tu ne résistes pas aux charmes de cette époque où l’on gère pour toi la sécurité de l’emploi, la sécurité sociale et la retraite. Ton existence est mise en danger parce que la solidarité dans la famille fait place à l’expression permanente de l’intérêt personnel. C’est la loi qui te protège qui te prive de tes bons offices au profit de l’harmonie que chacun recherche pour lui même. Ce n’est pas nouveau, l’idée que l’on se fait de sa place dans la société évolue en même temps que la vague de textes protecteurs qui déferle sans précaution sur ta communauté. La raison et l’administration tentent de remplacer l’amour. Eclatante indécence que cette hécatombe que subissent nos ainées lorsque la grippe ou la canicule font leur apparition. «Nos Vieux » ont le droit à notre reconnaissance et à nos soins.

Cette vielle dame du vingtième siècle les avait elle reçu de son mérite? La guerre l’avait privée de son mari. Elle, une poliomyélite que l’on ne soignait pas à l’époque, l’avait privée de ses jambes et un peu plus.

Son bel officier français en grand uniforme de l’armée coloniale était parti pour assainir les marais infestés de moustiques, d’une région d’Afrique du Nord, avec la compagnie qu’il commandait, au nom de cette solidarité qu’aujourd’hui on foule aux pieds parce que la terre appartient aux peuples, pas à la France. Il n’en était pas revenu, mort de la fièvre des marais (malaria) et de l’illusion d’avoir servi sa patrie et peut être les amis qu’il s’était fait là bas. Elle, son infirmité l’avait rendue dépendante de sa fille. Elles avaient, toutes les deux traversé une autre guerre, tapies dans des abris ou au service obligatoire de l’envahisseur dans la maison de la famille.

Sa fille unique avait épousé un brave homme qui avait accepté de s’occuper de sa belle mère. Le couple avait fait de beaux enfants.

Cette belle et grande dame immobile percevait trop bien la charge qu’elle représentait pour sa famille qui lui reprochait doucement d’être responsable d’une vie bien terne. Les années folles, les siens ne les avaient pas vécues. La dame aux cheveux blancs portait son infirmité et ses peines avec dignité et retenue. Son seul bien était une photographie de son mari en grand uniforme, à cheval. Elle avait perdu ses jambes, une grande partie de sa vie mais pas son cœur.

Comme pour alléger le poids d’une culpabilité qui tordait son ventre, elle distribuait, à ces petits enfants, la bonté et l’amour parce que sa vie en dépendait. Lorsque l’un d’entre eux, petit bonhomme d’à peine quatre ans avait découvert d’étranges signes cabalistiques sur la photographie, elle lui avait appris à lire et puis à compter aussi. Ce tout petit bonhomme subjugué par ses boucles blanches, son attention de tous les instants et ses airs de princesse de conte de fée, lui vouait une admiration infinie. Elle avait suscité chez lui une soif d’apprendre et de découvrir. Elle l’avait  accompagné jusqu’au bout parce qu’une relation d’une tendresse très profonde unissait les deux êtres et qu’elle en percevait les bienfaits.

Elle ne s’était pourtant pas débarrassée du mal qui la rongeait, le serpent mordait ses entrailles chaque jour un peu plus. On l’a conduite à l’hôpital ; elle ne pouvait plus retenir ses gémissements et même pas partager sa souffrance. Elle qui n’avait pas été épargnée par la vie avait dépensé ses dernières forces pour que ses petits enfants lisent dans ses yeux le dernier remerciement qu’elle leur adressait d’avoir adoucit son calvaire. Les petites mains qui disparaissaient dans la sienne avaient grandi : l’amour n’est pas morte. 

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